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Vincent Philéas roule sa bosse !

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Vincent Philéas roule sa bosse !

Vincent Philéas (au centre) et le groupe Salem tradition - droits réservés

Syncope n° 7 – décembre 2004

Depuis sa sortie, l’album  » Krié  » a révélé au-delà de La Réunion le Maloya du groupe Salem Tradition. Dans l’ombre de son leader féminin, Christine Salem, opère le percussionniste Vincent Philéas : le konga du groupe. Interview.

Tes débuts ?

J’ai commencé vers 14, 15 ans par le chant, aux chœurs pour des petits groupes. Puis je me suis intéressé aux Roulér, Jembe, Konga, Kayamb. Ce qui m’a le plus aidé, c’est la pratique avec les groupes qui m’ont vite appelé pour jouer pour eux. Peu après, je me suis inscrit au conservatoire de Saint-Pierre avec pour professeurs Nicolas Moucazambo et Jean-Luc Sedaa. Maintenant, j’essaie de jouer un peu de toutes les percus. Je ne reste pas dans un seul style. Pour certains, c’est que l’Afrique, ils restent dans le jembé ou les dun dun ; d’autres, c’est Cuba et ils ne pratiquent que les conga. Moi, je ne fais pas que du Maloya, mais aussi de la Salsa et du Jazz. Ça me permet d’avoir un esprit plus ouvert et d’accueillir mieux les autres musiques, qui m’influencent aussi. Actuellement je suis en fin de cursus, en 3ème cycle de percussions et je donne aussi des cours dans des associations.

Hormis l’aspect financier, qu’est-ce que t’apportent les ateliers ?

Malheureusement, notre musique n’est pas internationalement reconnue comme le Zouk par exemple. Les ateliers aident à faire connaître notre culture. Par exemple, lorsque j’explique aux gens que notre musique était encore interdite récemment, ils sont très surpris, comprennent mieux notre combat et notre envie de la faire connaître. Même à la Réunion c’est nécessaire. Avec toute la variété internationale qui arrive, la musique traditionnelle a tendance, non pas à se perdre, mais à être négligée… Il y a des jeunes à la Réunion qui sont bloqués si tu leur demandes de citer un chanteur de Maloya ou bien comment est construit un Kayamb ?

Vincent Philéas et le groupe Salem tradition - crédit : Odilon
Vincent Philéas dans le groupe Salem tradition – crédit : Odilon

“ Philéas ” : Un patronyme magique en Maloya ?

Granmoun Lélé (Julien Philéas) était le frère de mon grand-père. Je l’ai fréquenté étant très jeune, à une époque où je ne m’intéressais pas à la musique…Notre famille s’était un peu scindée en deux : nous du côté de Saint-Louis et eux à Saint-Benoît. C’est de la famille éloignée… Dans la mienne, il n’y a aucun musicien. On ne peut pas dire que j’ai appris de Granmoun Lélé.

Quelle est la place des femmes dans le Maloya ?

En ce moment on voit de plus en plus de femmes dans la musique. Je pense à Françoise Guimberg, Nathalie Natiembé et bien sûr Christine Salem. On assiste à une prise de conscience dans le monde artistique que les femmes ont quelque chose à donner au Maloya. Je trouve ça très bien. Ça ne nous pose aucun problème qu’elles prennent le Roulèr ou d’autres percus. Dans certains pays, il y a d’autres croyances, d’autres coutumes… A La Réunion c’est pas pareil…Et puis les mentalités ont évolué. Dans les années qui viennent, il y aura de plus en plus de femmes derrière un Jembe ou un Kayamb.

A part Salem Tradition, tu joues aussi pour Danyel Waro

Oui depuis l’année dernière. Il m’a demandé de le rejoindre et bien sûr je n’ai pas hésité! Il m’a amené un certain regard sur le Maloya. Dans un premier temps, je voyais surtout cela comme de la musique mais lui, il te fait sentir que le Maloya, il a sa propre vie, qu’il a une longue histoire, avec pas mal de moments difficiles. Il m’a aussi amené un esprit d’humilité. On n’arrive pas sur scène en pensant : » je suis le meilleur ! « . Je n’étais pas comme ça avant, mais c’est toujours bon à entendre.

Par Stéphane Delphin

En concert les vendredi 17 à Montreuil et samedi 18 décembre au Blanc Mesnil pour une création avec le groupe nigérien Mamar Kassey. Festival Africolor.

Ecouter CD Salem Tradition « Krié » 2003 Cobalt prod.

 

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