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Dancehall : mort du créateur de la danse « Bogle » en Jamaïque

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Dancehall : mort du créateur de la danse « Bogle » en Jamaïque

La danse Bogle (Jamaïque)

Avec la mort de Gerald-Bogle-Levy, c’est l’histoire de la dernière décennie dancehall qui remonte à la surface. Plus qu’une danse, le Bogle est un rythme apparu fin 91-début 92 et qui changea la tonalité du dancehall. Retour sur la danse mais aussi le rythme dont l’emblème était, Bogle, ce danseur abattu jeudi 20 janvier 2005.

La danse  » Bogle  »

Elle a donc été créée par Gerald – Bogle – Levy et le Black Roses Crew du nom de son « équipe » qui vient d’un dur ghetto de Kingston : Black Roses* (Arnett Gardens). Rien que dans ses mouvements, le Bogle est une danse de badman : les bras moulinent en effet dans le vide avec trois doigts tendus en l’air qui simulent le port d’armes à feu. Dans la réalité, celle du ghetto, Bogle dansait réellement avec ses flingues en main !

Dans la réalité du ghetto, Bogle dansait réellement avec deux flingues en main !

En raison des rythmiques minimalistes de cette fois-ci la musique Bogle, le style de danse Bogle se danse quasiment sur place en ondulant le bassin et le torse dans les positions les plus lascives possibles et pleines de « pose attitude » (de frime).

En ces temps, le Dancehall ne rapporte pas et Bogle, (le danseur), manque déjà de se faire abattre au milieu de la décennie. Re-belote en 2000 lors d’un drive by shooting où il sera sérieusement blessé. Ces dernières années, il revenait sur le devant de la scène, réinventant de nouvelles danses (exemple : Back to Basis) et organisant dans son quartier les soirées Jiggy Fridays. En 2004, Beenie Man lui rendait hommage dans le morceau « Row like A Boat ». Mais le Bogle, ce n’était pas qu’une danse . C’était aussi un nouveau rythme baptisé encore du nom du top danseur de l’époque

La rythmique  » Bogle  » va créer également un schisme dans le Dancehall

Minimaliste et très épuré à ses débuts, les bases de la rythmique Bogle mènent encore le tempo des danses d’aujourd’hui. A sa naissance fin 91-début 92, le rythme Bogle crée un quasi-schisme entre les tenants de l’ancienne école et les aficionados de ce nouveau rythme. Certains fans sont complètement désorientés par cette nouvelle cadence. Depuis plusieurs années, c’étaient les rythmes Poco (issus des cultes Revival) ou les « recut » digitaux qui donnaient au Ragga sa vitalité et ses premières lettres de noblesse. Le Bogle lui, est un rythme plus lent mais terriblement percutant. Le riddim (rythme) Bogle annonce une prédominance totale des percussions digitales, qui entraîne la disparition des longues lignes de basse. Les rythmes ainsi que les danses, sont moins frénétiques qu’avec le Poco mais terriblement africains et bruts. On le remarquera dès la première série « Bogle » avec le hit «Matey» de Penny Irie, «Stone» de Powerman, (Steely and Cleevie prod.) qui cartonnera dans les danses Ragga du monde entier !

Le Bogle de Steely and Clevie est significatif car sa rythmique insère des chœurs féminins qu’on croirait sortis d’un disque du nigérian Fela, ce qui n’étonnera pas lorsque l’on sait l’apport de la culture Yoruba à l’identité jamaïquaine. Autres titre-culte de la série : «Mama» de Baby Wayne qui narre l’histoire d’un mauvais garçon emprisonné pour la première fois, et qui supplie sa mère de venir le visiter souvent…. Enfin le titre «Coca Cola Shape» est aussi un hit qui décrie les formes Cocacolesques d’une jolie femme, par Simpleton (Rip)

Changement de flow pour les artistes

Du côté des artistes, il faut aussi s’adapter et la transition Bogle fera des dégâts dans leurs rangs mais verra aussi l’apparition de nouvelles vedettes (Buju Banton, Bounty Killer, Terror Fabulous, Panhead, Mega Banton, Ghost…) Par contre, d’autres grands noms ne parviendront jamais à chevaucher ce rythme comme ils le faisaient si aisément avant avec les rythmes Poco. C’est le cas de Clement Irie, Johnny P, Daddy Freddy. D’autres limiteront la casse comme Shabba Ranks, Ninjaman ou Cutty Ranks.

La palme du talent revient à des artistes qui réussissent la performance de réaliser la transition entre ces deux mondes : j’ai nommé Capleton (qui lui aussi, fit un break avant de revenir en 1994), Beenie Man, et surtout l’assez peu récompensé mais excellent deejay : Mad Cobra. Songez donc ! Ce gars-là vient des origines du reggae digital, et est encore aujourd’hui parmi les deejays les plus estimés avec des morceaux jamais éloignées du sommet des charts… Respect !

* Ecouter le morceau du même nom par Barrington Levy.

par Stéphane Delphin – janvier 2005

J’avais publié cet article sur le site reggae.fr quelques jours après l’annonce de la mort violente du très regretté Bogle : N°1 parmi les N°1 des danceurs du dancehall moderne. Respect Due till ever !

 

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